Les pouces-pieds imposent
un véritable jeu de patience aux Galiciens. Ce n'est que durant les
mois d'hiver qu'ils ont une chance de dénicher ces crustacés, et encore,
uniquement à la nouvelle ou à la pleine lune, lorsqu'il y a une grande
marée et que les bancs de rochers auxquels s'accrochent les percebes
sont découverts.
Lorsque la marée est très basse, que le temps
est clair et que les lames de l'Atlantique ne se brisent pas trop violemment
contre les rochers, le travail risqué peut commencer. Les percebeiros
les plus valeureux et les plus expérimentés, une corde passée autour
de la taille et retenus par leurs collègues, descendent jusqu'aux roches
glissantes où les pouces-pieds s'accrochent en rangs serrés.
L'entreprise est périlleuse. Après un
rapide coup d'œil aux vagues, un homme ramasse les premiers coquillages.
Il enfonce un couteau tranchant dans la couche de calcaire qui les relie
au rocher, et fait tomber son butin dans un filet attaché à sa taille.
Prestement, il saisit les pouces-pieds les uns après les autres. D'en
haut, un avertissement retentit : "Moita mar!" ("Attention,
la mer monte !"). Aussitôt, il se hâte de gravir les rochers
pour se mettre à l'abri.