Cette gare destinée uniquement - à l'origine
- au transport de personnes fut édifiée par l'architecte Victor Laloux
(1850-1937) en moins de trois ans. Laloux masqua derrière une impressionnante
façade en pierre toute trace de l'armature, une structure de fer et
de verre pour laquelle il fallut travailler deux fois plus d'acier que
pour la tour Eiffel (12 000 tonnes) ainsi que 35 000 m2
de verre.
À l'angle des rues de Bellechasse et de Lille,
l'architecte flanqua la gare d'un hôtel. Il en choisit lui-même la décoration
luxueuse, faisant appel à des peintres et à des sculpteurs académiques
établis. On orna la façade donnant sur la Seine de deux énormes horloges
et de trois sculptures monumentales représentant les villes de Bordeaux,
Toulouse et Nantes.
Laloux recouvrit l'intérieur de la gare de
caissons de staff en forme de rosace, s'inspirant ainsi des formes architecturales
de la basilique antique. Il aspirait à créer un édifice qui ne se contenterait
pas de remplir ses fonctions d'usine à voyageurs, mais servirait également
de préambule aux touristes venus visiter Paris. Le résultat, manifestement,
fut si convaincant que les architectes de gares américaines comme la
Grand Central Station à New York ou la Union Station à Washington allèrent
jusqu'à s'inspirer de la gare d'Orsay.
L'éclectisme de Laloux - pratique consistant
à puiser dans les styles architecturaux du passé - correspondait parfaitement
aux conceptions dominantes du XIXe siècle, mais tendait à disqualifier
un tel édifice au XXe siècle, époque résolument tournée vers la novation.